LES CONSTELLATIONS

 

Par une belle nuit à la campagne, il est surprenant de constater combien le ciel est couvert d'étoiles : lorsque la nuit est bien noire, il y en a des milliers et l'on s'y perd parfois un peu ! Malgré ce fait, il est possible d'identifier la plupart de ces étoiles grâce à l'apprentissage des constellations, ces lignes imaginaires qui dessinent des figures géométriques dans le ciel. En ville, les choses sont plus simples : la pollution lumineuse des lampadaires et des enseignes commerciales efface les étoiles les plus faibles et seules restent visibles à l'oeil nu les principales étoiles, celles qui délimitent les constellations.

Les constellations ont des noms qui proviennent généralement de la mythologie grecque. 88 constellations sont ainsi répertoriées entre l'hémisphère Nord et l'hémisphère Sud de la Terre. Saison après saison, le club d'astronomie de Toussaint va vous guider à travers les principales constellations de l'hémisphère Nord

 


LES CONSTELLATIONS DU PRINTEMPS

 

Bon, ce soir du 15 avril, les choses se présentent bien : il ne fait pas trop froid, il y a bien quelques passages nuageux mais rien de bien méchant ... le moment est venu de partir à la découverte des constellations du printemps.

Commençons par tourner nos yeux vers l'Ouest : il est 22 H 30 et les constellations que nous avions l'habitude d'admirer durant l'hiver sont déjà en train de se coucher : Orion, le Taureau, le Cocher et les Gémeaux vont bientôt disparaître de notre ciel

 


Le Cancer

Si les constellations de l'Hiver (Gémeaux, d'Orion, du Taureau et du Cocher) sont désormais trop basses sur l'horizon normand pour que les brumes vous autorisent la moindre observation un peu poussée, par contre, à l'Est des Gémeaux, à mi-chemin entre cette constellation et celle du Lion, la pâlichonne constellation du Cancer, est encore suffisamment haute dans le ciel pour que vous puissiez y admirer un trésor : l'amas d'étoiles de la Crèche.

 

Connu depuis la plus haute antiquité, il porte aussi les noms d'amas de la Ruche, de Praesepe ou de M44. Facilement visible à l'oeil nu où il se présente sous la forme d'une tache floue, c'est aux jumelles que le spectacle donne toute sa mesure : un semis de diamants étincelants se détache sur le fond noir du ciel. Cet amas est l'un des plus proches de la Terre : 450 années-lumière seulement

L'amas de la Crèche M44 (photo Jerry L.odriguss)

 

Dans l'Antiquité, la constellation du Cancer était aussi appelée "la porte de l'homme" parce que l'on pensait que c'était par cette constellation que les âmes venaient sur Terre pour s'incarner dans les nouveaux-nés. Le Cancer représente dans la mythologie le crabe que Junon envoya pincer le talon d'Hercule, alors qu'il était en plein combat contre l'une de ces sales bêtes qui peuplent la mythologie : l'hydre de Lerne, charmant dragon dont chacune des innombrables têtes repoussait sitôt qu'on la tranchait ... L'histoire se termina assez mal pour les deux bestioles, qu'Hercule ratatina vite fait bien fait

 


Le Triangle d'orientation du Printemps

 

Si les constellations caractéristiques de l'Hiver sont de moins en moins bien visibles en ce mois d'Avril, par contre celles du Printemps commencent à monter haut dans le ciel. Dans la direction du Sud-Est, vous remarquerez tout de suite 3 belles étoiles bien brillantes, qui forment un triangle, appelé par les astronomes le triangle d'orientation du Printemps. Ce n'est pas à proprement parler une constellation, mais ce triangle est très utile car il regroupe les étoiles principales des constellations les plus spectaculaires de la saison : les étoiles Arcturus du Bouvier, Régulus du Lion et Spica de la Vierge.

Nous allons vous apprendre à retrouver facilement ces étoiles et les constellations qui les abritent

 


Le Bouvier

 

Pour trouver le Bouvier, il suffit de partir de la Grande Ourse, au Nord-Est, et de prolonger l'arc de cercle que forme sa queue pour arriver à la brillante étoile Arcturus. Cette étoile est une étoile géante rouge, d'un diamètre équivalant à 23 diamètres solaires et elle est située à 35 années-lumière de nous. L'ensemble de la constellation du Bouvier est facile à reconnaître grâce à sa forme de cerf-volant. Le Bouvier comprend plusieurs étoiles doubles ou triples dont Izar, par exemple, qui est en fait une géante jaune composée d'un système de 3 étoiles, facilement visible avec une petite lunette astronomique.

 


Le Lion

 

La constellation du Lion est tout aussi facile à identifier grâce à son dessin caractéristique en forme de faucille, de point d'interrogation inversé, de fer à repasser ou bien de cintre dont le crochet serait décalé vers la droite (au choix, selon votre degré d'alcoolémie ...).

Si vous prolongez vers le Sud une ligne imaginaire reliant les étoiles Dubhe et Merak de la Grande Ourse, vous tomberez pile sur la constellation du Lion et son étoile principale, Régulus, qui est située à 77 années-lumière de la Terre

 

Le nom de cette constellation fait référence au premier des 12 travaux d'Hercule : la déesse Junon avait envoyé sur Terre, dans la région de Némée, un lion géant doté d'un appétit féroce, afin qu'il bouffe Hercule tout cru. Particularité de la bestiole : sa peau était tellement coriace qu'aucune flèche, aucune épée ne parvenait à la transpercer. Mais pas de chance pour le lion de Némée, le jeune Hercule était non seulement un sacré costaud mais aussi un gars astucieux : lorsque Hercule rencontra le lion, il lui sauta dessus et lui tordit les pattes de telle sorte que ce furent les propres griffes du lion qui crevèrent la peau de cette charmante bébête, la transformant aussi sec en descente de lit

Plusieurs galaxies sont présentes dans le Lion dont les paires Messier 65, 66 et Messier 95, 96, qui sont visibles aux jumelles, lorsque la nuit est bien noire : elles ont alors l'aspect de petites taches floues.

Les plus faciles à trouver sont M65 et M66. Leur repérage est assez simple : sur la ligne joignant les étoiles Régulus et Denebola, vous verrez à l'oeil nu la petite étoile Thêta. En dessous d'elle, plus faiblement visible (mais aux jumelles, il n'y a aucune difficulté pour la voir), se trouve l'étoile Iota du Lion. C'est juste à mi-chemin de ces deux étoiles que vos jumelles vous montreront deux petites taches floues : les galaxies M65 et M66

Mais c'est dans un télescope de plus de 200 mm de diamètre que le spectacle prend toute sa dimension, notamment en ce qui concerne M65 et M66. Ce superbe couple de galaxies, répertorié par Charles Messier en 1780, situé à environ vingt-cinq millions d'années-lumière de la Voie Lactée, est au centre de l'amas du Lion, lequel comprend une douzaine de galaxies. M 65 est vue presque par la tranche, et M 66 quasiment de face ...

somptueuse photo de M65 et M 66, tirée du non moins somptueux site de Marc Sylvestre

Photo de M96 et M95 tirée du site de Robert Gendler : encore un tout grand !

 

Dernière curiosité de la constellation du Lion, visible avec un télescope : l'étoile Algieba, distante de 127 années-lumière est en fait une jolie étoile-double, bien visible dans un petit télescope. C'est l'étoile qui forme la base du "crochet" de la constellation du Lion

 


Le Petit Lion

 

Le Petit Lion est par contre plus difficile à repérer car sa forme est assez mal définie. Il s'agit en fait de la constellation la plus minable de tout le ciel boréal ... Cette constellation figura pour la première fois dans un livre d'astronomie écriten l'an 1690 par Jean Hévélius. Le Petit Lion se compose de plusieurs étoiles faibles placées au-dessus de la tête du Lion. Pour le trouver, il faut regarder entre la Grande Ourse et le Lion. Cette petite constellation présente très peu d'intérêt sauf si vous voulez épater la galerie par l'immensité de vos connaissances astronomiques !

 


La Chevelure de Bérénice

 

La constellation de la Chevelure de Bérénice est autrement plus intéressante ! Modeste par l'éclat de ses étoiles à l'oeil nu, la constellation de la Chevelure de Bérénice (moumoute pour les intimes) est truffée de galaxies qui font le bonheur des astronomes amateurs possédant de bons télescopes.

Sous un ciel bien noir, sans Lune, le repérage de cette constellation est assez simple malgré le faible éclat de ses étoiles puisqu'elle est située à l'Ouest du Lion, juste en arrière de la queue de ce dernier. Curiosité : c'est dans la Chevelure de Bérénice que se trouve le pôle Nord de notre galaxie, la Voie Lactée

 

Si vous observez attentivement juste en-dessous de l'étoile Gamma de la Chevelure de Bérénice, vous apercevrez assez facilement une petite grappe d'étoiles très faibles : l'amas d'étoiles Melotte 111 (le catalogue Melotte est un catalogue qui recense les grands amas ouverts d'étoiles), composé de 80 étoiles regroupées dans un champ de 12 degrés. L'importante surface couverte par Melotte 111 ne permet pas de l'observer avec un télescope ou une lunette astronomique, qui grossissent beaucoup trop. Les instruments idéaux sont les jumelles ... ou les yeux si votre ciel est suffisamment sombre.

Melotte 111 à l'oeil nu

Melotte 111 est un très vieil amas, âgé d'environ 390 millions d'années, formé d'étoiles en fin de vie. Cet amas est l'un des plus proches de la Terre : 279 années-lumière. Un examen attentif aux jumelles devrait vous permettre de repérer au sein de Melotte 111 un joli alignement Nord-Sud formé par les étoiles Gamma, 14, 16, 17 et 21 Com.

 

17 Com est une étoile double qui va vous servir à débusquer la magnifique galaxie NGC 4565 : il vous suffit de pointer la monture équatoriale de votre télescope sur cette étoile, puis de la faire tourner en ascension droite de 8 mn vers l'Est pour tomber pile sur cette somptueuse galaxie vue par la tranche, et distante d'environ 30 millions d'années-lumière. Cette galaxie est sans doute l'une des plus belles de tout le ciel. Avec un télescope de 114 mm de diamètre, vous ne distinguerez que le bulbe central de NGC 4565. Pour commencer à distinguer les fines extensions situées de part et d'autre du bulbe, il faut un télescope d'au moins 120 mm de diamètre. A 200 mm de diamètre, vous aurez, à peu de choses près, l'aspect que présente la galaxie sur les photos mais en plus pâle

photo de NGC 4565 réalisée par Marc Sylvestre

 

Entre Diadem et Melotte 111 se trouve une petite étoile, perceptible à l'oeil nu : 35 Com. Pointez votre télescope dessus. Puis dirigez votre monture de 1 degré au Nord-Est de 35 Com : dans un petit télescope de 114 mm de diamètre, vous distinguerez alors une petite tache floue ovale, avec un centre plus marqué. Aux jumelles, vous ne verrez qu'une petite étoile floue et diffuse. Mais avec un télescope de diamètre supérieur ou égal à 200 mm, vous découvrirez une bien étrange galaxie dont l'aspect ressemble à un oeil fardé d'un eye-liner : M64, la Galaxie de l'Oeil Noir. La zone sombre est en fait une bande de poussières qui ceinture la galaxie

à gauche : M64 vue dans un télescope de 254 mm de diamètre

à droite : photo de Marc Sylvestre

 

Une autre galaxie est assez facilement visible dans la Chevelure de Bérénice : M85. Distante de 60 millions d'années-lumière, cette galaxie lenticulaire est l'une des plus brillantes de la constellation et de ce fait vous pourrez la repérer avec des jumelles où elle vous apparaîtra comme une faible tache diffuse formant un carré parfait avec les 3 principales étoiles de la Chevelure.

 

Trois autres galaxies, plus difficilement observables avec un petit télescope car plus faiblement lumineuses, sont également visibles dans la Chevelure de Bérénice, non loin de M85 : M100, M98 et M99.

Commencez par repérer à l'oeil nu l'étoile 11 Com. Puis pointez avec votre télescope l'étoile 6 Com, avec un grossissement de 50 fois. La galaxie M98 sera alors dans le même champ. Un peu moins éloignée que les autres galaxies de l'amas Virgo, M98 ne se balade qu'à 35 millions d'années-lumière au dessus de nos têtes. Cette galaxie spirale vue de côté ressemble beaucoup à NGC 4565 mais en beaucoup plus faible et nécessite un télescope d'au minimum 200 mm pour être correctement observée.

M99 est située de l'autre côté de l'étoile 6 Com. Cette galaxie spirale vue de face apparait dans un télescope de 114 mm comme une tache floue. Le noyau de M99 est beaucoup plus visible dans un télescope de 200 mm. Mais il vous faudra un télescope d'au moins 300 mm de diamètre pour commencer à distinguer les bras de cette galaxie.

Il en va de même pour M100, galaxie spirale vue de face, à peu-près à mi-chemin entre M85 et M99. Le faible contraste de cette galaxie ne permettra pas de voir autre chose qu'une tache floue avec un télescope de diamètre inférieur à 200 mm

Photos Pedro Ré, tirées du CD-Rom Astrothèque

Si votre ciel est trop pourri par la pollution lumineuse pour vous permettre de réussir votre chasse aux galaxies du Printemps, la Chevelure de Bérénice vous réserve deux lots de consolation : une belle étoile double et un amas globulaire d'étoiles

L'étoile 24 Com, située à 600 années-lumière, est visible même dans une petite lunette de 60 mm de diamètre, avec un grossissement de 40 fois. Pour apercevoir les teintes dorée et bleue de chacune des 2 étoiles qui composent 24 Com, il faut cependant disposer d'un télescope d'au moins 114 mm de diamètre

 

Et pour boucler la boucle de notre virée dans la constellation de la Chevelure de Bérénice : deux amas globulaires, M53 et M3. Partis de l'amas ouvert Melotte 111, nous voici revenus à un autre type d'amas d'étoiles, globulaire ceux-ci.

Vous trouverez sans peine M53, à seulement 1 degré au Nord-Est de Diadem, la principale étoile de la Chevelure. Dans des jumelles, vous ne verrez qu'une petite boule floue et diffuse. Mais pour distinguer les innombrables étoiles qui composent cet amas, il faudra un télescope d'au moins 200 mm de diamètre

Photo de M53 réalisée par Pedro Ré (CD-Rom Astrothèque)

 

M3 est beaucoup plus spectaculaire : c'est l'un des plus beaux amas globulaires de tout le ciel de l'hémisphère Nord. Officiellement, il fait partie de la constellation des Chiens de Chasse, mais il se trouve en fait à la frontière entre cette constellation et celles du Bouvier et de la Chevelure de Bérénice. Alors, comme vous vous êtes peut-être cassé les dents dans votre chasse aux galaxies, le club d'astronomie de Toussaint vous offre une compensation avec cet objet très facile à voir. Vous le repérerez aisément en visant avec votre télescope le milieu de la ligne qui va de l'étoile Bêta de la Chevelure à l'étoile Rhô du Bouvier

 

Dans un petit télescope de 114 mm de diamètre, vous distinguerez facilement le noyau brillant de l'amas, et la luminosité de surface qui diminue progressivement en se rapprochant de la périphérie de l'amas qui prend un aspect granuleux. dans un télescope de 200 mm, le pourtour de M3 révèle un poudroiement d'étoiles de toute beauté

photo de M3 réalisée par Marc Sylvestre

 


La Vierge

 

La chasse aux galaxies continue ! La principale curiosité de la constellation de la Vierge est l'amas de galaxies qu'elle contient, également appelé "amas Virgo". Cet amas de galaxies, situé à environ 50 millions d'années-lumière, constitue le coeur du super-amas local auquel appartient notre propre galaxie, la Voie Lactée. Une bonne soixantaine de ces galaxies sont accessibles aux télescopes des astronomes amateurs

La Vierge se trouve surtout en prolongeant la ligne imaginaire passant par la queue de la Grande Ourse et l'étoile Arcturus du Bouvier. Si on prolonge cette ligne vers le Sud, on arrive alors sur l'étoile principale de la Vierge : Spica. Celle-ci est une étoile variable à éclipses.

 

Grosso modo, la constellation de la Vierge dessine dans le ciel un losange. L'étoile située au sommet de ce losange s'appelle Vindemiatrix : c'est une étoile géante jaune distante de 93 années-lumière. Son lever précoce était le signe du début des vendanges dans la Rome ancienne. L'étoile située à droite du losange s'appelle Porrima : c'est une très jolie étoile double, distante de 38 années-lumière. Les deux étoiles composant cette binaire tournent autour de leur centre de gravité commun en 171 ans, avec une distance de 3 Unités Astronomiques (1 UA = la distance Terre-Soleil = 149 500 000 km) lorsqu'elles sont au plus près, contre 70 UA lorsqu'elles sont à leur éloignement maximum. En l'an 2002, avec un télescope de 114 mm de diamètre, il vous faudra grossir 200 fois si vous voulez séparer les deux étoiles composant Porrima. En 2007, l'écart entre ces deux étoiles sera à son minimum : 0.4 secondes d'arc.

 

Mais passons aux morceaux de choix de la Vierge : les galaxies de l'amas Virgo ! La première que l'on peut espérer repérer au moyen de jumelles, où elle aura l'aspect d'une faible petite tache floue, est la galaxie M61. Mais, pour commencer à l'apercevoir correctement, il vous faudra un télescope d'au moins 120 mm de diamètre. Une fois ce dernier soigneusement mis en station, partez de Porrima, puis pointez l'étoile Zaniah de la Vierge. Tournez ensuite la monture de votre télescope de 5 degrés vers le Nord et vous devriez alors distinguer le noyau central de M61. Par contre, pour voir les bras de cette belle galaxie spirale distante de 65 millions d'années-lumière, il faudra un télescope d'au moins 300 mm de diamètre.

Si vous poursuivez votre balade en direction du Nord vous devriez repérer une autre galaxie, M49, elliptique, distante de 40 millions d'années-lumière. Des jumelles montrent une petite boule diffuse assez faible, avec un centre plus marqué, qui forme un grand triangle équilatéral de 8 degrés de côté avec les étoiles Vindemiatrix et Auva de la Vierge

à gauche : magnifique photo de M61 réalisée par Robert Gendler

à droite : photo de M49 tirée du catalogue Messier du SEDS

 

Continuons notre balade dans la constellation de la Vierge, mais cette fois en direction du Sud afin de débusquer un des grands classiques de la chasse aux galaxies : M104, plus connue sous le nom de Galaxie du Sombrero. Bien qu'intégrée au catalogue de Charles Messier, ce n'est pas ce dernier qui l'a découverte mais un de ses potes, l'astronome Pierre Méchain, en 1781. Un truc imparable pour repérer la Galaxie du Sombrero : une fois la monture équatoriale de votre télescope soigneusement mise en station, visez Spica, puis, zou, filez 45 mn à l'Ouest en ascension droite, sans tripoter à la déclinaison. Bingo ! M104 sera alors en plein dans le champ de votre oculaire !

 

Située à 40 millions d'années-lumière, cette galaxie montre dans un télescope de 200 mm de diamètre une bande de poussières qui la ceinture, lui donnant l'aspect du chapeau mexicain d'où elle tire son nom. Par contre, dans des télescopes plus petits, ou dans des jumelles, on ne voit de cette galaxie qu'une tache floue allongée. Un dernier conseil pour admirer la Galaxie du Sombrero : elle ne monte jamais très haut dans le ciel de Normandie. Sa meilleure période de visibilité se situe au début du printemps

M104

 


Le Corbeau

 

A proximité de la constellation de la Vierge se trouvent 4 autres constellations, peu connues car, d'une part, constituées d'étoiles peu lumineuses, et d'autre part, très basses sur l'horizon de Normandie : le Corbeau, le Cratère, le Sextant et l'Hydre Femelle

 

Le petit quadrilatère que dessine la constellation du Corbeau est assez facilement repérable en dessous et à droite de la Vierge. Son intérêt majeur réside essentiellement dans le fait qu'il abrite les fameuses galaxies des Antennes : il s'agit de 2 galaxies en interaction étroite, que l'on commence à distinguer dans un télescope de 114 mm comme une tache floue allongée, un télescope de 200 mm commence à montrer un aspect en V. Mais très basses sur l'horizon, il y a bien des chances pour que ces galaxies soient noyées dans les brumes de Normandie ...

Photo de droite réalisée par Pedro Ré (CD-Rom Astrothèque)

 


Le Cratère

 

Le Cratère, également appelé La Coupe, est associé au dieu grec Appollon, tout comme le Corbeau : ce dernier avait pour mission de ramener au dieu la Coupe emplie de l'eau du Printemps. Plus récemment, la constellation du cratère a été associée au Saint Graal, la coupe qui a servi à recueillir le sang du Christ lors de sa crucifixion, comme dans cette représentation du ciel réalisée au XVIIème siècle par l'astronome Hévélius :

 


Le Sextant

 

Il faut vraiment être un peu moisi du cerveau pour distinguer un Sextant dans cette constellation totalement minable ! Et dire que cette constellation a été placée là pour honorer l'astronome Hévélius et le remercier des innombrables mesures qu'il a accompli de son vivant durant le XVIIème siècle, entre 1658 et 1679. Pauvre Hévélius ... ton dur labeur a été bien mal récompensé ...

 


L'Hydre femelle

 

Si la queue de l'Hydre est noyée dans les brumes de l'horizon, par contre le pentagone constituant sa tête est bien visible, juste en-dessous de la constellation du Cancer. Comme le Cancer, l'Hydre abrite un amas ouvert d'étoiles, M48. Moins esthétique que l'amas M44 du Cancer, il mérite néanmoins un petit détour

 

Des jumelles vous montreront la quinzaine d'étoiles très éparpillées qui constituent M48. Quand la nuit est très sombre et bien transparente, on peut même l'apercevoir à l'oeil nu

Photo de M48 réalisée par Pedro Ré (CD-Rom Astrothèque)

 

Dans la mythologie, l'Hydre, bestiole acariâtre, était chargée de défendre la Coupe d'eau dont le Corbeau tenta de s'emparer pour la ramener à son maître, le dieu Apollon.

 


 

La Grande Ourse

 

Mais revenons à des constellations plus classiques. Tournez-vous maintenant vers le Nord-Est, ce 15 Avril, vers 22 heures 30 : vous reconnaitrez sans peine notre vieille copine, la Grande Ourse. Au Printemps, le manche de la casserole est tourné vers le sol.

 

Dubhe est l'étoile la plus brillante de la Grande Ourse et elle est située à 142 années- lumière de la Terre. Dubhe est en fait une étoile double. De l'autre côté de la Grande Ourse, Mizar et Alcor, situées dans la poignée de la casserole, sont des étoiles assez complexes. Les anciens astronomes arabes se servaient de ces deux étoiles pour tester leur acuité visuelle : de bons yeux parviennent à nettement distinguer Alcor et Mizar. Si vous avez une mauvaise vue, vous ne verrez que Mizar. Dans un télescope, on se rend compte qu'il existe une troisième petite étoile, qui forme un couple de Soleils avec Alcor. Ce sont des étoiles binaires situées à 80 années-lumière de nous.

Alcor et Mizar à l'oeil nu, puis dans l'oculaire d'un télescope

 

On retrouve également dans la Grande Ourse plusieurs galaxies importantes, répertoriées dans le catalogue élaboré au XVII ème siècle par Charles Messier : M51, M81, M82, M101, M106, M108, M109; mais il faut un bon télescope et un ciel bien pur, dénué de pollution lumineuse, pour bien les voir. Le printemps est sans doute la meilleure saison pour essayer de les repérer car c'est au printemps que la Grande Ourse est le plus haut dans le ciel, quasiment au zénith, ce qui la dégage particulièrement bien des brumes qui traînent si fréquemment sur l'horizon fécampois

photos à se taper le cul par terre de Marc Sylvestre

M51 , appelée par les anglais la galaxie du tourbillon (Whirlpool galaxy), apparait dans un petit télescope comme deux petites taches floues

Avec un télescope de plus de 200 mm de diamètre, on commence à distinguer le petit pont de matière qui unit les deux galaxies : il s'agit d'un cas de cannibalisme galactique, où une grosse galaxie est en train d'attirer une petite galaxie. M51 est assez facile à repérer dans le ciel : commencez par pointer votre télescope sur Alkaïd, la dernière étoile du manche de la casserole que dessine dans le ciel la Grande Ourse. Non loin de cette dernière, vous trouverez facilement une étoile assez brillante pour être vue dans le chercheur de votre télescope : l'étoile 24 de la constellation des Chiens de Chasse (24 Canum Venaticorum). La galaxie M51 forme un triangle isocèle quasi-parfait avec ces deux étoiles

Outre ces galaxies, la Grande Ourse contient également une nébuleuse planétaire, c'est à dire le cadavre d'une étoile qui est aujourd'hui morte, réduite à l'état d'étoile naine blanche, après avoir expulsé dans l'espace son enveloppe gazeuse que vous pourrez apercevoir avec un bon télescope qui vous montrera son aspect très aprticulier qui lui donne son nom : la Nébuleuse du Hibou, également recensée dans le catalogue de Charles Messier sous le numéro M97. pour bien voir ses deux grands yeux sombres, il faut disposer d'un télescope d'au moins 254 mm de diamètre. Avec un télescope plus petit, vous ne verrez qu'une petite tache floue, bien éloignée du magnifique cliché ci-dessous, réalisé par Marc Sylvestre (comme d'hab')

M97

Enfin, à la frontière de la constellation de la Grande Ourse, se trouvent 2 autres belles galaxies qui sont assez faciles à voir avec un petit télescope : M81 et M82. Leur repérage se fait en prolongeant d'une fois la diagonale qui unit les étoiles Dubhe et Phecda de la Grande Ourse jusqu'à l'étoile 24 Ursae Majoris qui est à la limite de la visibilité à l'oeil nu. Une fois cette étoile repérée, calez-là à gauche du champ de l'oculaire de votre télescope, puis déplacez doucement votre télescope vers l'Ouest : vous trouverez sur votre route l'étoile HIP47594 puis les galaxies M82, également appelée la galaxie du Cigare, et la galaxie M81, appelée la galaxie de Bode

Ces deux galaxies, éloignées de 7 millions d'années-lumière, ont été simultanément découvertes de façon indépendante par Johann Bode, en 1774, Pierre Méchain, en 1779, et Charles Messier en 1781. Avec un faible grossissement, elles sont visibles simultanément dans le champ de l'oculaire de votre télescope.

Photo Bobby Middleton

M81 est une belle galaxie spirale vue de 3/4. M82 est une galaxie irrégulière, ceinturée par de nombreuses poussières, et dont le coeur est agité de violents effets de marée gravitationnels probablement consécutids à une rencontre avec M81 voici quelques millions d'années, comme le montre bien le superbe cliché ci-dessous

Photo Philip Perkins

 



La Petite Ourse

 

La Petite Ourse possède une forme ressemblant à celle de la Grande Ourse mais en plus petit. Sa principale étoile est celle que l'on appelle l'Etoile Polaire (Polaris). Celle-ci se trouve à moins d'un degré du pôle nord céleste et est en fait une étoile géante située à 470 années-lumière de la Terre. Pour la repérer à coup sûr, il suffit de repartir du côté droit de la casserole que dessine la Grande Ourse dans le ciel, et de prolonger de 5 fois ce côté droit pour tomber pile sur l'Etoile Polaire. En plus d'être une étoile géante, l'Etoile Polaire est également une étoile variable dont la brillance varie selon une période de 32 jours.

Comment trouver l'Etoile Polaire



Céphée

 

Continuons notre balade en direction du Nord-Ouest, et nous trouverons entre les constellations de la Petite Ourse et de Cassiopée, la constellation de Céphée. Cette constellation, qui n'est pas très visible, fait penser à un dessin d'enfant représentant une petite maison avec un toit.

Dans Céphée, on peut remarquer 5 étoiles de moyenne brillance. Cette constellation comprend également plusieurs étoiles variables ou doubles ainsi que des amas d'étoiles. L'étoile variable la plus connue est l'étoile Delta, qui a donné le nom de céphéides à toute une classe très particulière d'étoiles variables dont la luminosité varie avec une régularité de métronome. Delta voit ainsi sa luminosité passer de la magnitude 3.5 à la magnitude 4.4 en très exactement 5 jours 8 heures et 50 minutes. C'est grâce à ce type d'étoile, découvert par l'astronome Henrietta Leavitt (cf notre dossier "le cygne et le rat"), que l'on parvint à déterminer pour la première fois la distance de la Grande Galaxie d'Andromède

Pour en savoir plus sur les 30 000 étoiles variables qui clignotent au-dessus de votre tête, vous pouvez consulter le dossier que vous a concocté le club d'astronomie de Toussaint.

 


Cassiopée

 

Juste à l'Ouest de Céphée, vous reconnaîtrez sans difficulté les 5 brillantes étoiles qui constituent Cassiopée, une constellation qui a la forme d'un W. Il est à noter que c'est dans Cassiopée que l'astronome danois Tycho Brahé observa en 1572 une supernova, une étoile qui venait d'exploser.

Cassiopée

 

L'étoile Iota Cassiopée est un système formé de 3 étoiles situé à 180 années-lumière de la Terre. Dans une petite lunette de 75 mm de diamètre, on voit bien l'étoile principale, de couleur jaune, et ses deux petits compagnons, bleus.

Située en plein dans la Voie Lactée, Cassiopée est littéralement truffée d'amas ouverts d'étoiles. Nous vous en avons sélectionné 4 particulièrement sympas à observer

L'un des plus rigolos à observer avec un petit télescope est l'amas d'étoiles E.T. (NGC 457 pour les astronomes). Deux gros yeux globuleux, un corps difforme et les bras étendus, le plus long dirigé vers la droite avec tout au bout le doigt du gentil petit extra-terrestre qui voulait rentrer chez lui ...

L'amas E.T. et l'étoile Phi

 

Le repérage de ce spectaculaire amas d'étoiles, découvert par Herschel, est très simple : l'oeil le plus brillant de E.T. est formé par l'étoile Phi de la constellation de Cassiopée. Mais Phi Cassiopée ne fait partie de l'amas que par un simple effet de perspective : cette étoile géante rouge n'est située qu'à 2300 années-lumière alors que les 80 étoiles de l'amas E.T. sont beaucoup plus lointaines, à 9300 années-lumière environ.

Un autre bel amas d'étoiles est l'amas M52. Des jumelles ne vous montreront qu'une tache floue. De même, une lunette astronomique d'initiation ne vous montrera que 3 ou 4 étoiles. Par contre, un télescope d'entrée de gamme, de 114 mm de diamètre, monté avec un faible grossissement, vous montrera un spectacle magnifique : des dizaines d'étoiles regroupées au sein de cet amas de 15 années-lumière de diamètre.

Photo de M52 réalisée par Pedro Ré (CD-Rom Astrothèque)

 

NGC 7789 vaut aussi le déplacement : banale petite tache floue toute ronde aux jumelles, un télescope de 114 mm avec un grossissement x 90 vous dévoilera un tapis d'étoiles se détachant sur le fond noir du ciel. Si vous avez l'occasion de rendre visite au club d'astronomie de Toussaint, demandez à ses animateurs de vous braquer l'un de leurs télescopes de 200 mm sur cet amas d'étoiles : vous allez en rester babas ! NGC 7789 est l'un des amas ouverts les plus denses que l'on connaisse, puisqu'il contient plus d'un millier d'étoiles réunies dans une sphère de 50 années-lumière, le tout étant perché à 6000 années-lumière au-dessus de votre tête !

Photo de NGC 7789 réalisée par Pedro Ré (CD-Rom Astrothèque)

 

Un petit dernier avant de reprendre la route ? M103 ! Simple tache floue aux jumelles, un petit télescope vous montrera une bonne vingtaine d'étoiles disposées en triangle :

Photo de M103 réalisée par Pedro Ré (CD-Rom Astrothèque)


 

Persée

 

Persée

En poursuivant votre promenade vers l'Ouest, vous trouverez au Nord-Ouest, après Cassiopée, la constellation de Persée qui est très basse sur l'horizon en cette saison.

L'une de ses étoiles, Algol, a la particularité d'être une "étoile binaire à éclipses" : en clair, il s'agit de 2 soleils en orbite l'un autour de l'autre, dont le plus gros, Algol, voit son éclat diminuer brutalement tous les 3 jours, lorsque le petit compagnon obscur passe devant l'étoile principale. Il s'agit là de l'une des étoiles variables les plus faciles à observer. Vous pouvez consulter notre petit dossier sur les étoiles variables pour en savoir un peu plus.

L'étoile principale de Persée (l'étoile alpha des astronomes) se nomme quant à elle Mirfak : c'est une étoile super-géante distante de 470 années-lumière.

Un petit bijou est caché dans la constellation de Persée : un amas double d'étoiles. Si la nuit est claire, on le distingue facilement à l'oeil nu, comme une tache floue et ronde située à mi-chemin entre la constellation de Persée et la constellation de Cassiopée. Avec une modeste paire de jumelles, le spectacle est déjà sympa :

Le double amas de Persée dans une paire de jumelles

 

Mais dans un télescope, à faible grossissement x 25, le spectacle devient carrément somptueux, des dizaines d'étoiles se regroupant dans cet amas double. Ici, un grand nuage d'hydrogène s'est effondré sur lui-même, en se scindant en 2 parties, pour donner naissance à ces deux amas riches de 400 et 300 étoiles, et situé à 7400 années-lumière de la Terre

Le double amas de Persée au télescope

 

On trouve également dans Persée un autre amas ouvert d'étoiles, appelé Messier 34, qui est facilement repérable aux jumelles : cet amas d'une soixantaine d'étoiles est situé à 1450 années-lumière de la Terre et est âgé d'environ 150 millions d'années

Photo de M34 réalisée par Pedro Ré (CD-Rom Astrothèque)

 



Pour admirer de somptueuses photographies de ces constellations, allez donc jeter un coup d'oeil sur le site Internet de Philippe Durville, vous allez en rester comme deux ronds de flans ... Les enseignants et les animateurs de club peuvent également télécharger sur le site Internet d'Yves Lhoumeau, maniaque binoculaire bien connu dans le milieu des astronomes amateurs, un fichier et un manuel complets afin de réaliser eux-mêmes des diapositives des constellations du ciel (cliquez sur "diaporama à fabriquer").

Si vous disposez d'un télescope et que vous souhaitez disposer d'une aide complète et en même temps facile à utiliser pour un débutant, nous vous recommandons chaudement le CD-Rom Astrothèque 2000 : un atlas du ciel comprenant 220 objets détaillés comme nulle part ailleurs avec les cartes, les photos, les explications et les dessins indispensables pour les repérer, des éphémérides interactives vous permettant de tout savoir sur ce qui se déroulera au cours de la nuit, un atlas lunaire, une banque de plus d'un millier de photos et dessins d'astronomes amateurs commentés, des cartes du ciel, fiches et maquettes prêtes à être imprimées, un pilotage dans le système solaire en 3D : bref, une vraie petite merveille que nous utilisons très régulièrement à Toussaint pour préparer nos soirées d'observation du ciel. Pour plus de renseignements, cliquez sur l'image ci-dessous

 


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